La Hélardière est un joli manoir proche de Donges, que j'ai visité en 2008
lors du congrès de la SHAB, en compagnie des meilleurs guides que
l'on puisse avoir pour une telle visite : Gwyn Meirion-Jones, professeur
émérite de la London Metropolitan University et l'un des meilleurs spécialistes
du manoir breton, et son compère Michael Jones, professeur émérite de
l'Université de Nottingham, historien de la Bretagne ducale, particulièrement
de celle de Jean IV, et grand connaisseur des archives bretonnes. Nos deux amis
ont beaucoup travaillé ensemble et publié plusieurs articles de référence sur
le manoir breton, ils étudient la Hélardière depuis plusieurs années en
compagnie de sa propriétaire Mme Bosse-Perus, qui avait remarquablement
accueilli la société ce jour-là, malgré les travaux en cours.


La Hélardière est un manoir à cour fermée, auquel on accède par une porte
cochère à double entrée (charrière et piétonne). A droite de cette entrée se
trouve une petite marre, qui a pu être creusée lors de la construction du
manoir afin d'en extraire de l'argile. Elle a ensuite servi de lavoir et
d'abreuvoir pour les animaux, comme en témoigne une rampe pavée (qui n'apparaît
pas sur mes photos), juste à droite de la porte piétonne.


Même s'il est très probable que le site de la Hélardière soit plus ancien que
le XIVe siècle, c'est de cette époque que datent les premiers indices certains
de son occupation. Entrons dans la cour. Face à nous (au centre sur la carte
ci-dessous), la salle basse, pièce principale du manoir, où le seigneur reçoit
et s'organise la vie quotidienne. Ce bâtiment n'a toujours eu qu'un étage, la
seule grande pièce qui l'occupait n'avait pas de plafond, laissant voir la
charpente sculptée. A gauche de la salle basse, on trouve une unité de
logement, que le professeur Gwyn Meirion-Jones appelle chamber-block,
datant probablement du XVe siècle.

Lors de notre visite, la toiture de la salle basse et la tour à sa droite étant
en pleine restauration, je n'ai pas de photo correspondant à la vue de cette
carte postale. Mais nous avons pu admirer la charpente, elle aussi en pleine
restauration.

A droite de la salle basse, voici le logis avec sa tourelle (XVIe) le
reliant au corps principal. Ce logis se compose de deux unités résidentielles,
celle de droite étant la plus ancienne (XIVe), l'autre ayant été reconstruite
au XVIe siècle. Le logis est prolongé par une chapelle, elle aussi du XVIe. Les
recherches de nos deux historiens ont permis de retrouver les familles
propriétaires de la Hélardière : Aux Briant (1428), succède Jean André (1472),
les familles Cybouault (1526), du Bouexic (1650) et Praud (1807). Les éléments
du XVe seraient à attribuer à Jean André, ceux du XVIe aux Cybouault.


La famille Praud conservera la Hélardière et c'est eux qui habitent le
manoir à l'époque où furent faites ces cartes postales, où l'on voit un
magnifique jardin. Mais, à la mort de leur dernier descendant en 1952, le
domaine est vendu aux Raffineries Françaises du Pétrole de l'Atlantique qui ne
se soucient visiblement pas de son entretien, le projet faisant du manoir un
"cercle des ingénieurs" ayant été abandonné. C'est de cette époque qu'à du
disparaitre le jardin. Le manoir est revendu à un propriétaire privé en 1967,
qui réaménage le logis pour le rendre habitable. En 2002, le manoir est acheté
par Mme Viviane Bosse-Perus, qui non seulement en entreprend une remarquable la
restauration, mais s'attache encore à retrouver l'histoire de la
Hélardière.

Hélas, Donges est surtout connu des français pour sa raffinerie, propriété de
Total. Et Total ne semble pas du tout se soucier du patrimoine de Donges :
l'entreprise a acheté et ruiné plusieurs propriétés. En achetant les terrains
proches de la Hélardière en 1955, la raffinerie s'était engagée à ne rien y
construire. Mais considérant certainement que sa parole vaut moins que ses
profits, elle y a construit des réservoirs de pétrole, l'un d'eux à seulement
130m de la Hélardière. Aujourd'hui, le manoir est menacé de délaissement, Total
impose ses règles aux riverains et... aux élus ! Total, l'entreprise aux
milliards de bénéfice, préfère sans doute détruire que protéger le patrimoine
de la commune où elle s'est installé.
Le patrimoine de la Loire-Atlantique, du moins ce qu'il en subsiste, est mal
protégé. Souvent avec l'indifférence des élus, parfois avec leur complicité,
voire à leur initiative : le château d'Ancenis, les fortifications
gallo-romaines du Bouffay, le couvent des Cordeliers à Nantes... les menaces
sur le patrimoine ligérien ne manquent pas. Je pense que l'intérêt historique
de la Hélardière dépasse largement Donges, voire la Loire-Atlantique. Mais à
Donges, le manoir n'est pas seul à souffrir de la loi du pétrolier, les
restrictions que Total impose concernent beaucoup de dongeois, la Hélardière
n'est pas seule ! Elle peut même être le symbole de leur résistance face aux
contraintes régulièrement imposées par Total.
Ne laissons plus notre patrimoine sacrifié à des intérêts financiers, alors
qu'une goutte des bénéfices exhorbitants de Total suffiraient à mettre
durablement en valeur la Hélardière, tout en redorant le blason déjà bien terni
de cette entreprise toute-(trop)-puissante ! Ami visiteur, merci de
donner ne serait-ce qu'une minute de ton temps pour laisser un
mot de soutien sur le livre d'or
de la Hélardière !
Cartes postales anciennes : Collection de Mme Viviane Bosse-Perus, publiées
avec son autorisation.
Photographies : Amaury de la Pinsonnais, le 5 septembre 2008, lors du Congrès
de la Société d'Histoire et Archéologie de Bretagne.
Pour aller plus loin :
Je remercie Mme Bosse-Perus de m'avoir communiqué les images de ses cartes
postales anciennes pour cet article.

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