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Archives publiques

Billets concernant des docuemnts provenants de fonds publics.

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dimanche 17 janvier 2010

Rôle de la capitation des officiers des fermes du roi en Bretagne en 1720

J'ai mis en ligne sur mon site le rôle de la capitation des officiers des fermes du roi en Bretagne en 1720. D'après ce document, j'ai dessiné une carte que vous trouverez à la même adresse.

Rôle de la capitation des officiers des fermes du roi en Bretagne en 1720.

Ce rôle complète ceux qui sont en cours de parution sur Tudchentil et qui concernent la noblesse de la même province.

mercredi 27 mai 2009

Edit de novembre 1696, le brevet de Luc Brindejonc

En novembre 1696, le roi proclame un édit qui prescrit de dresser un Armorial, dont le juge d'armes Charles d'Hozier serait le garde. L'Armorial est ouvert à tous, aux nobles et aux personnes du Tiers qui méritent d'en avoir. Des bureaux sont mis en place où les possesseurs d'armoiries viendront faire leurs déclarations, et où ceux qui désirent en recevoir viendront présenter leurs demandes. Après examen, des brevets portant le dessin du blason leur seront remis, et leurs armes seront décrites et dessinées dans le recueil conservé à Paris.

En réalité, et le roi le dit explicitement quand il abroge cet édit en 1700 : le véritable motif de l'édit n'est pas de dresser un Armorial pour conserver la trace des armes des familles concernées, mais bien financier. Les caisses du Trésor royal étaient vides, le roi avait besoin d'argent pour soutenir sa guerre contre la Ligue d'Augsbourg. Cet édit fit partie d'une série de mesures destinées à renflouer les caisses.

Les particuliers devaient en effet payer 20 livres (plus les taxes de 2 sols par livre, plus 30 sols pour les frais de brevets, soit en tout 23 livres et dix sols), les provinces 300 livres, les villes avec évêchés ou cour supérieure 100 livres, les autres villes 50 livres, etc... Au total, Henri Bourde de la Rogerie (directeur des Archives du Finistère puis d'Ille-et-Vilaine, de 1897 à 1912 et de 1912 à 1934, ancien président de la SHAB) estime que la Bretagne contribua à hauteur de 211.000 livres, l'édit devant rapporter au Trésor, pour toute la France, la somme de 5833000 livres. L'exécution de l'édit avait été attribuée à une société de financiers qui étaient autorisés à percevoir plus que la somme demandée pour le Trésor, pour couvrir leurs frais et augmenter leurs profits. Les commissaires chargés de son exécution ne se contentèrent donc pas des déclarations spontanées, et certains enregistrements étaient obtenus de force (en Provence, tout un village y passa).

Pour la Bretagne, Pol Potier de Courcy (Nobiliaire et Armorial de Bretagne, 1890) estime que sur les 9771 enregistrements, seuls 5269 furent spontanés. Et gare à ceux qui rechignaient à se faire inscrire (et surtout à payer), car les commissaires leurs attribuaient des blasons d'office, parfois peu flatteurs (des pots de chambres pour un barbier, des seringues à lavement pour un apothicaire...). André-Yves Bourgès a récemment attiré notre attention sur le cas des officiers et notaires de Guérande, qui ont du faire de la résistance ; l'un d'eux se voit attribuer un âne bâté, l'autre un âne assis sur une chaise... Le plus souvent, les commissaires fabriquent des blasons simples et ne font aucune recherche : soit ils jouent sur le nom du porteur (des roussettes pour Rouxel, des pommes de pin pour Pépin, une toison de laine pour Goulaine, Le Flo reçoit un fléau, le sieur de la Rouaudais dont on ne connaît même pas le patronyme reçoit une roue...), soit il mettent simplement les initiales de la personne sur un champ uni (JD pour Joseph Daniel, JL pour Jean Launay, MH pour Marie Hamon...), ou bien encore, ce qui est plus rapide, ils inventent des blasons en série, se contentant simplement de faire varier les couleurs (la fin du cinquième registre de Rennes est particulièrement représentative de ce procédé).

Si beaucoup de bourgeois ou d'artisans ont été contraints de payer la taxe et se sont vus attribué un blason contre leur gré, d'autres, qui avaient quelqu'ambition, ont pu voir dans cet édit l'occasion de recevoir un signe officiel de reconnaissance sociale. Ce fut probablement le cas de Luc Brindejonc, dont Pascal Lorant a retrouvé le brevet d'armoiries qui lui fut délivré à l'occasion de cet édit.

Luc Brindejonc fut parmi les premières personne à se présenter au bureau de Rennes, il est donc plus que probable qu'il vint se présenter de lui-même. Issu d'une famille roturière débutant son ascension sociale, il ne portait peut-être pas d'armoiries auparavant, et ces armes furent sans doute créées pour l'occasion.

Il est né le 31 décembre 1657 à Rennes, paroisse Saint-Germain, fils d'Olivier Brindejonc, sieur de la Maisonneuve (1630-1703) et de Perrine Jamet (-1694). Il épouse le 28 février 1683 Françoise Fougère (je ne connais pas d'enfants à ce couple), et est décédé à 67 ans le 5 novembre 1724. Il est dit sieur de la Marre (au Rheu, Ille-et-Vilaine) et du Plessis, il eut au moins deux fils, Etienne-Jean, jurisconsulte, seigneur du Plessis, en Plouasne, dont descendance, et Bernard-Etienne. Son frère cadet, Olivier (ou Pierre ?), né en 1675 à Rennes, semble avoir suivi une carrière militaire (merci aux amis du forum Noblesse Bretonne).

Luc Brindejonc a débuté comme avocat au Parlement où il fut reçu en 1678 (son père l'a été avant lui), et en 1695, avait comparu à une montre de l'évêché de Saint-Malo. En 1702, 1706 et 1708, il reçu des certificats comme ayant servi comme gentilhomme dans la compagnie colonelle du régiment de la noblesse de l'évêché de Saint-Malo (il était cependant domicilié rue de la Filandrie à Rennes en 1703). En 1721, il déclara avoir perdu de grands biens lors de l'incendie de Rennes, où il décéda trois ans plus tard et fut inhumé dans l'église Toussaints. En 1732, lui, son père et son frère furent reconnus nobles par un certificat des membres de la noblesse des Etats de Bretagne, et en 1735, ils le sont encore avec les deux fils de Luc connus, par l'ordonnance des états de Bretagne (merci à Johann Leconte pour ses informations biographiques particulièrement détaillées). Ces reconnaissances de noblesse sont en fait basées sur des généalogies truquées, faisant descendre les Brindejonc de la famille irlandaise Bermingham.

Registre 1er

Numero 128

[blason]

Les armes cy dessus m'ont esté presentées en ce Bureau par Monsieur Luc Brindejonc de la Marre Sieur du Plessis avocat au parlement de Bretagne et les droits m'ont esté aussy payes donc jay delivre son recepicé à Rennes le cinquieme May 16e quatre vingt dix sept

Signé : Barabé

Bretagne
Rennes

N° 128 [blason]

Par ordonnance rendue le 3e du mois de Jan[vi]er de l'an 1698 par Mrs les Commissaires Généraux du Conseil députés sur le fait des Armoiries.
Celles de Luc Brindejonc de la Marre, Sr du Plessis - Avocat au Parlement de Bretagne.

Telles qu'elles sont ici peintes & figurées, après avoir été reçues, ont été enregistrées à l'Armorial Général, dans le Régistre cotté Bretagne, en conséquence du payement des droits réglés par les Tarifs & Arrest du Conseil, du 20e de Novembre de l'an 1696, en foi dequoi, le présent Brévet a été délivré par Nous Charles d'Hozier, Conseiller du Roi, & Garde de l'Armorial Général de France, &c.  A Paris le 19e du mois de Fév[ri]er de l'an 1698.

Signé : dhozier


Documents publiés avec l'aimable autorisation des Archives départementales d'Ille-et-Vilaine (ADIV C 2253), reproduction interdite sans autorisation des ADIV.

Je remercie M. Pascal Lorant pour m'avoir transmis ce document, M. Eric Joret, directeur par intérim des Archives Départementales d'Ille-et-Vilaine pour m'avoir autorisé à le reproduire, et M. Bruno Isbled, archiviste et président de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Bretagne pour avoir aiguillé ma demande.

Pour en savoir plus sur l'édit de 1696, je renvoie le lecteur à la préface de Bourde de la Rogerie à l'Armorial Général de France, Bretagne, par Chassin du Guerny, paru en 1930 à Rennes.

mardi 17 février 2009

Indulgences plénières à la Confrérie de la Sainte Vierge de Cesson en 1701

Voici un document très intéressant découvert aux Archives Départementales des Côtes d'Armor par Pascal Lorant, responsable des Amis du Turnegouët. Connaissant mon intérêt pour l'héraldique bretonne, il me l'a envoyé.

Mais ce document est plus qu'une simple curiosité héraldique et intéressera certainement les chercheurs et curieux d'histoire religieuse ou d'histoire locale. Il concerne la confrérie de la Sainte-Vierge de la paroisse de Cesson, proche de Saint-Brieuc. Je tiens ici à remercier Mme Lejeune, directrice des Archives Départementales des Côtes d'Armor, pour m'avoir autorisé à le publier ici.

INDUGENCES PLENIERES

Concedées à perpetuité par Notre Saint Pere le Pape CLEMENT XI, aux Confreres & Soeurs de la pieuse & devote Confrerie établie, sous l'invocation de la Sainte Vierge de Cesson, dans la Chapelle de la Sainte Vierge de Cesson, dans les limites de l'Eglise Paroissiale de Cesson du Diocese de Saint Brieuc. Avec les Indugences qui se gagnent és jours marquez dans le present Mandement.

CLEMENT Evêque, Serviteur des Serviteurs de Dieu. A tous les Fidèles qui ces presentes Lettres verront, Salut & Benediction Apostolique. Considerant d'un côté la foiblesse & la fragilité humaine, & d'un autre côté la rigueur des jugemens de Dieu, Nous souhaitons avec ardeur que tous les Fidéles préviennent ce jugement par leurs bonnes oeuvres & par leurs prieres, afin que par là ils obtiennent la remission de leurs pechez, & qu'ils acquerent plus facilement un bonheur éternel. Comme on Nous a raporté que dans une Chapelle dediée à l'honneur de la Sainte Vierge, apellée la Chapelle de Cesson, située dans le distroit de la Paroisse de Cesson, dans l'Evêché de Saint Brieuc, il y a une pieuse & devote Confrerie des Fidéles de l'un & de l'autre sexe, sous l'invocation de la Sainte Vierge apellée de Cesson, à la gloire & à l'honneur du Dieu Tout-puissant, pour le salut des Ames & le soulagement du prochain ; laquelle Confrerie n'a point été canoniquement érigée pour les Personnes d'une profession particuliere, & ne doit point l'être par l'Ordinaire du lieu ; dont les Confreres font [toujours] leurs oeuvres de pieté, de charité & de misericorde. Afin d'entretenir les Confreres de cettedite Confrerie dans l'exercice de ces bonnes [œuvres] ... pour les y exhorter de plus en plus, & aussi pour exciter de plus en plus les [autres Fidèles] à entrer dans cettedite Confrerie, afin que cette[dite] Chapelle soit en veneration à tous les Fidéles, & qu'ils soient d'autant plus conviez à la visiter souvent, qu'ils connoîtront en recevoir des graces du Ciel plus abondantes ; Nous confians en la misericorde de Dieu Tout-puissant, sur l'authorité des Bienheureux Apôtres Saint Pierre & Saint Paul, de notre authorité Apostolique, par les Presentes Nous acordons à perpetuité Indulgence Pleniere et remission de tous pechez à tous les Fidéles de l'un & l'autre sexe, lesquels étans veritablement penitens & confessez, entreront dans ladite Confrerie, & ce pour le premier jour de leur entrée, pourvù qu'ils ayent reçù le Saint Sacrement de l'Eucharistie : Comme aussi à ceux qui sont deja entrés dans ladite Confrerie, lesquels [estant] veritablement contrits, & qui, après s'être confessez, auront reçù la sainte Eucharistie, s'il est possible, ou du moins qui étant contrits à l'article de la mort, invoqueront devotement de cœur le pieux Nom de JESUS, s'ils ne le peuvent pas de bouche ; et de plus, aux Confreres qui, après s'être confessez, & après avoir communié dans la Fête principale de ladite Confrerie, dont le jour sera choisi par lesdits Confreres,& aprouvé par l'Ordinaire ; lequel, après avoir été choisi & aprouvé, ne pourra plus être changé ; & il faut que ce jour ne soit pas dans la Fête de Pâques, depuis les premieres Vêpres jusqu'au coucher du soleil du jour de la Fête ) visiteront tous les ans ladite Chapelle, & prieront pour l'exaltation de l'Eglise Romaine, pour l'extirpation des Heresies, pour la conversion des Infidéles, pour la paix & l'union entre les Princes Chrétiens, pour le salut du Pape, le jour qu'ils seront ces choses, par notre puissance Apostolique, Nous leur acordons à perpetuité l'Indulgence pleniere de tous leurs pechez. Et de plus ausdits Confreres qui après la Confession & la saint Communion, visiteront devotement ladite Chapelle, & y prieront, comme nous avons dit, aux jours ou de Fête ou de Ferie, qui seront choisis par les Confreres, & qui seront aprouvez par l'Ordinaire, lesquels ayant été choisis & aprouvez, ne pouront plus être changez, & il faut que ces jours soient hors ledit jour de Pâques : Lors qu'à ces jours ou de Fête ou de Ferie ils feront ces choses, Nous leur acordons sept ans & quarante jours d'Indulgences.

Enfin, à tous ceux desdits Confreres qui assisteront à la Messe dans ladite Chapelle, & aux Offices divins qui s'y celebreront par les Confreres ; qui assisteront aux Assemblées publiques ou particulieres de la meme Confrerie, pour quelques bonnes oeuvres, ou aux Processions ordinaires ou extraordinaires de ladite Confrerie, ou à d'autres qui se feront par la permission de l'Ordinaire, ou qui charitablement assisteront à l'enterrement des Morts, ou conduiront le saint Sacrement lors qu'on le portera à quelque Malade, ou, s'ils sont empêchez, qui se mettant à genoux, diront une fois le Pater & l'Ave pour le Malade, ou qui reconcilieront quelques ennemis, ou qui logeront quelque pauvre Voyageur, ou lui feront quelque aumône, ou qui diront le Pater & l'Ave pour les ames des Confreres défunts, de ladite Confrerie, ou qui mettront dans la voye du salut ceux qui en sont écartez, ou qui enseigneront la Loi de Dieu & les choses necessaires à salut à ceux qui les ignorent, ou qui feront quelque autre œuvre de charité spirituelle ou corporelle, à chaquefois qu'ils feront quelqu'une de ces œuvres, Nous leur remettons soixante jours des peines qui leur seroient enjointes, & ce à perpetuité, pour le temps present, & pour toujours.

Que si ladite Confrerie vient à se joindre ou s'associer à quelqu'autre Confrairie, pour participer à ces Indulgences, Nous voulons que toutes autres Indulgences obtenües avant celles-ci soient nulles ; que si lesdits Confreres ont auparavant obtenu de Nous quelque Indulgence perpetuelle, ou quelqu'autre Indulgence dont le tems ne soit pas expiré, Nous voulons pareillement que les Présentes soient nulles. Donné à Rome, l'an du Seigneur, mil sept cens-un. De nôtre Pontificat l'an premier.

LOUIS MARCEL DE COETLOGON, par la grace de Dieu & du Saint Siege Apostolique, Evêque & Seigneur de S. Brieuc, Conseiller du Roy dans tous ses Conseils, &. A tous ceux qui ces presentes Lettres verront, Salut & Benediction. Nous avons vû & aprouvé le Bref Apostolique écrit de l'autre part & Nous avons permis de l'imprimer. Et comme dans ce Bref des Indulgences & de la Confrerie établie sous l'invocation de la Sainte Vierge de Cesson, dans la Chapelle de la Sainte Vierge de Cesson, dans les limites de l'Eglise Paroissiale de Cesson, on n'a stipulé aucun des jours ausquels on pourra gagner lesdites Indulgences, Nous desigons les jours marquez ci dessous, Sçavoir, La Fête de Saint Luc, La Fête de l'Annonciation de la Sainte Vierge, Le premier Dimanche de May, Le Dimanche dans l'Octave de l'Assomption de la Sainte Vierge, Et enfin, la Fête du Saint Nom de la Glorieuse Vierge Marie. Et s'il arrive quelque chose de nouveau à l'égard de cette Confrerie, Nous Nous le reservons, Donné à S. Brieuc, dans nôtre Palais Episcopal, le huitieme jour d'Octobre, mil sept cens un.

Signé, LOUIS MARCEL DE COETLOGON, Evêque de Saint Brieuc.
Et plus bas, G. ALLAIN.

Document publié avec l'aimable autorisation des Archives départementales des Côtes-d'Armor (20 G 40), reproduction interdite sans autorisation des ADCA.


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