Tout les Français connaissent ce jeu télévisé où deux équipes cherchent un trésor grâce aux indices découverts dans différents lieux d'une même région, entre lesquels ils se déplacent en hélicoptère ou grâce aux véhicules de complaisants autochtones. Il y a trois semaines, l'émission avait pour cadre l'estuaire de la Loire, et la première épreuve se déroulait au Toulru, en Mesquer-Quimiac.

Autrefois désertes, les plages de Quimiac sont devenues le rendez-vous estival de nombreuses familles nantaises et angevines. C'est au début du XXe siècle que les premières villégiatures y furent bâties, et il se trouve que mes arrières-grands-parents furent parmi les tout premiers estivants à acquérir un bout de lande pour leurs vacances. Là où ils n'y avait à peine qu'une ou deux maisons neuves, Edmond II de la Pinsonnais et son épouse Louise de Villoutreys n'y allèrent pas par quatre chemins : ils se firent construire carrément un manoir néo-gothique, qu'ils baptisèrent Ker-Loïc. Dès 1901, ils purent y aménager pour l'été. Nous conservons de cette année quelques photos où le manoir se dresse, seul sur le bord de la falaise, au milieu de la lande déserte. Sur quelques-unes de ces photos, seul le chalet de Cap-Nord (ou bout de la plage de Sorloc'h) montre que l'endroit n'était pas entièrement.

Mon grand-oncle en hérita, et le Ker-Loïc fut vendu à sa mort. Le manoir a changé plusieurs fois de main, et les derniers acquéreurs ont presque tout démoli sauf les murs. Le grand escalier, les cheminées, les boiseries, pour la plupart probablement en chêne centenaire de la Pinsonnais, tout a disparu (un grand feu dans la cour ?). La jolie terrasse en bois a cédé la place à une véranda en plastique et béton, les fenêtres sont en alu, des vélux ont troué les toitures, les balcons en pierre bleue de Nozay (schiste) ont été cassés (vandalisés ?) pour des modèles en béton. Il faut croire que c'est plus luxueux ainsi. Ce doit être le sort réservé aux vieilles maisons quand de nouveaux habitants ignorants de leur histoire s'y installent.

Revenons à Quimiac. Mes arrières-grands-parents y séjournèrent souvent jusqu'au décès d'Edmond II en 1922, puis, ce fut mon grand-oncle qui vécut avec son épouse, Bernadette du Boisbaudry, jusqu'en 1975. Mon arrière-grand-mère, puis son fils et sa bru collectionnèrent les cartes postales, et au fil des différentes successions, une partie de cette collection est parvenue jusqu'à moi. Parmi ces cartes, un bon nombre concernent Quimiac, voici une sélection pour le Toulru et la plage du Lanneguy, où se déroulait le jeu télévisé. Les premières de ces cartes datent des années 1920 et il y a déjà quelques constructions au milieu de l'herbe sèche, les dernières datent des années 1960.

L'anse du Toulru est un petit port naturel, qui, à cause de l'augmentation des bateaux de plaisance, a été depuis protégé par une digue. Il y avait encore deux ou trois chalutiers jusque dans les années 1990.


Cette carte d'un morceau de falaise n'aurait pas grand intérêt si on n'y distinguait, à moitié caché par le bout de falaise, Ker-Loïc.


Déjà on consolidait la falaise pour empêcher la mer d'emporter trop de terrain...


Ker-Loïc semble solitaire. Avec cette carte, nous entrons dans les années 50.


Carte colorisée d'une vue aérienne, où les ardoises bleues des toits ont été mises en orangé... La pointe de Merquel qu'on voit au second plan est encore dans son état naturel. Cette bande de sable est aujourd'hui entièrement construite.


Autre vue aérienne mieux colorisée, à marée haute.




La rue de Kerdandec est maintenant bien habitée...

Je ferais plus tard des séries sur Kercabellec et sur Merquel. Pour cette dernière, on verra que les destructeurs de patrimoine opéraient déjà dans les années 20...
Collection A. de la Pinsonnais.
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