Au hasard des archives...

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mardi 5 janvier 2010

Bonne Année

Avec un peu de retard, je vous souhaite une bonne année 2010.

vendredi 25 septembre 2009

Gratuité sur Internet : que l’Etat commence

Je vous invite à lire l'article de David Monniaux, du CNRS, qui s’interroge sur l’idée d’une véritable politique de diffusion publique sur Internet. Si vous utilisez Internet pour vos recherches ou pour accéder aux documents d'archives, cela vous concerne aussi...

Quelques semaines plus tôt, Jean-Noël Jeanneney (ancien directeur de la BNF) ne cachait pas sa colère de voir la BNF mener des discussions avec Google pour sa bibliothèque numérique (sur le même sujet, une bonne synthèse est l'article Google-BNF, le pacte des sous).

Laisserons-nous les actionnaires d'une grosse entreprise américaine s'octroyer une taxe sur l'accès à notre patrimoine culturel ?

mercredi 2 septembre 2009

Ce que je pense de la norme AFNOR NF Z 44-001

En 1969, l'Afnor, dans son désir de tout régenter, a sorti une norme (*) qui dit que les noms à particules doivent être classés sans tenir compte du mot "de", car il s'agit d'une préposition. Ce qui est bien pour commencer. Mais ça s'arrête là, car la norme dit ensuite que les articles doivent être pris en compte dans les classements. Ainsi, selon cette norme, "de la Pinsonnais" doit être classé à "la Pinsonnais (de)". L'éminent fonctionnaire qui a pondu cette norme n'a jamais du ouvrir de dictionnaire, car il se serait vite rendu compte que les articles ne servent pas plus à classer les noms. S'il avait aussi eu un peu de culture historique, il aurait su que pour ces patronymes, le mot qui suit les particules est le nom de la terre principale de la famille. Considérant cela, pourquoi donc la famille du Plessix, dont les ancêtres ont possédé le Plessix, serait classées à la lettre P, alors que la famille de la Pinsonnais, qui a possédé la Pinsonnais, n'y serait pas ? Il s'agit dans les deux cas d'un toponyme devenu patronyme, il n'y a pas de raison de les différencier.

Cette norme a fait naitre une habitude particulièrement regrettable, celle que des gens mal informés ont prise d'écrire les particules, avec des majuscules, parce qu'ils ne connaissaient que la norme mal faite, et pas les usages... On a donc vu apparaître à partir de ce moment des "de La Pinsonnais", ce que je trouve complètement idiot car d'une part l'article ne fait pas partie du nom, et d'autre part jamais aucun membre de ma famille jusqu'à aujourd'hui n'a écrit son nom avec un L majuscule. Faites un sondage, demandez aux autres familles concernées : l'usage chez elles aussi était de ne mettre que des minuscules.

Un jour, une personne ayant une très haute opinion d'elle-même m'a objecté que pour sa famille, la majuscule était de mise car lui-même l'écrivait ainsi, et que c'était une marque de respect que d'écrire sa particule en majuscule. Pourquoi pas, mais ce n'est pas une raison pour l'appliquer aux autres. Il faut aussi respecter la modestie de la majorité des familles à particule nobiliaire qui s'écrivent avec des minuscules. Pour mon interlocuteur, j'avais alors creusé la question, et je m'étais vite aperçu que dans sa famille, le L majuscule n'était apparu que sporadiquement dans des document imprimés de la toute fin du XIXe, et pas de façon systématique. La généralisation de l'usage des majuscules dans sa famille était resté très marginal même jusque dans les années 1960. Auparavant, c'était toujours en minuscules.

Si j'ouvre des livres d'histoire, des nobiliaires ou recueils de généalogie publiés avant cette norme incongrue, on constate bien entendu qu'aucun ne classe les noms particulés avec de la à la lettre L, car leurs auteurs étaient bien conscients que ç'aurait été une hérésie. Allez, quelques exemples au hasard d'ouvrages connus qui ne prennent pas en compte les particules dans leur classement, pour l'édification de ceux d'entre vous qui douteraient encore :

  • Père Anselme, Histoire de la Maison Royale de France et des grands officiers de la Couronne, 1725-1732 (3e ed).
  • François Alexandre Aubert de la Chesnaye-Desbois, Dictionnaire de la noblesse, 1770.
  • Abbé Joseph Nadaud, Nobiliaire du Limousin, 1882.
  • de Courcelles, Nobiliaire Universel de France, 1820-1822.
  • Jean-Baptiste Rietstap, Armorial général, 1861.

Côté breton j'en ai de plus anciens (et plus nombreux dans ma bibliothèque) :

  • Augustin du Paz, Histoire Généalogique de plusieurs maisons illustres de Bretagne, 1619.
  • Guy Le Borgne, Armorial Breton, 1667.
  • Toussaint Conen de Saint-Luc, Mémoire sur l'état de la noblesse en Bretagne, 1691.
  • Dom Alexis Lobineau, Histoire de Bretagne, 1707.
  • Dom Morice, Histoire de Bretagne, 1754.
  • Couffon de Kerdellech, Recherches sur la chevalerie du duché de Bretagne, 1877-1878.
  • Pol Potier de Courcy, Nobiliaire et Armorial de Bretagne, 1895 (3e ed).
  • Le Gentil de Rosmorduc, La Noblesse de Bretagne devant la Chambre de Réformation 1668-1671, 1896.
  • Paul Paris-Jalobert, Anciens registres paroissiaux de Bretagne, 1898-1914.
  • Le Gall de Kerlinou, Blasons Bretons ou recueil d'armoiries, 1907.
  • Hervé du Halgouët, Inventaire des archives du château de Trégranteur, 1909, et autres inventaires.
  • Frédéric Saulnier, Le Parlement de Bretagne (1554-1790), 1909.
  • Henri Frottier de la Messelière, Filiations Bretonnes, 1912-1924.
  • Etc.

Je pourrais multiplier les exemples sans problème, mais ça reviendrait à lister presque toute ma bibliothèque. Une remarque cependant, qui explique peut être le texte de l'auteur inculte de NF Z 44-001 : souvent, les noms sont cités dans les index avec leur particules, donnée avant. Ainsi, on écrit du Breuil ou de la Houssaye dans l'index, mais on les range bien entendu respectivement aux lettres B et H. Une autre forme qu'on trouve bien souvent et qui est informatiquement pratique est d'écrire Breil (du) et Houssaye (de la) pour faire un classement automatique à B ou H. Mais jamais un index bien fait ne les mettre à D ou L. Et regardez donc comment les auteurs concernés écrivent eux-même leurs noms : avec des de et la minuscules...

On pourra m'objecter qu'il y a eu des usages différents dans d'autres provinces, où des noms ont comporté des particules non-nobiliaires comme De Gaulle ou Le Du, et que dans ce cas, il faut mettre un D majuscule et classer à D. Certes, mais ce n'est pas une raison pour imposer cet usage contre nature et contre raison au plus grand nombre et l'ériger en dogme.

L'immense majorité des associations généalogiques s'est emparé de cette norme sans se poser de question, et c'est pratiquement le seul milieu à l'avoir autant diffusé et imposé. Des administrations s'y sont mises aussi, rarement de façon systématique, mais cela a causé pas mal de dégâts.

Une anecdote pour l'illustrer. Jusqu'à la fin des années 90, mes parents étaient classés à la lettre P dans l'annuaire téléphonique, ce qui ne posait aucun problème. Un jour, ils ont informé mon père que leurs directives leur imposaient un changement, et qu'ils classeraient dorénavant à L. Mon père a objecté que ce n'était pas l'usage et que les gens risquaient de ne pas nous retrouver dans l'annuaire. Les gens de l'annuaire ont donc rangé mon père à H comme Hochedé de la Pinsonnais, ce qui est correct car c'est notre patronyme complet, mais pose encore plus de problème, car depuis 200 ans, les gens ne nous connaissent que sous le nom usuel de de la Pinsonnais. Plus personne ne nous trouve donc dans l'annuaire, à part les vendeurs de fenêtres et de vérandas. Mais rassurez-vous, 40 ans après son avènement, NF Z 44-001 n'a toujours pas réussi à s'imposer, car le reste de la famille s'est retrouvé classé à De La Pinsonnais. La preuve que quand une norme est mal faite, elle est mal appliquée, et donc inutile.

Au même moment (soit 30 ans après la norme), cas similaire au Bottin Mondain : ils ont désormais informé mes parents qu'ils ne seraient plus classés à P, mais à H, avec un renvoi toutefois depuis la lettre L. Résultat, tous les gens pour qui le Bottain Mondain est une référence se plaignent régulièrement de ne pas nous y trouver (**). Moralité : NF Z 44-001 complique la communication entre les gens.

Certaines administrations, au moment de leur informatisation, ont suivi cette norme, probablement parce que les informaticiens qui sont des gens très (trop) cartésiens pour qui une norme est un dogme. Côtoyant et travaillant avec ces administrations, certains historiens ou éditeurs se sont laissés contaminer, et ont cédé à cette mode, sans avoir eu le réflexe salutaire de se dire qu'il valait mieux suivre les usages séculaires et raisonnés que les normes mal faites. Amis historiens, chercheurs et généalogistes, faites preuve de bon sens et laissez tomber les mauvaises habitudes de NF Z 44-001. Après tout, NF Z 44-001 n'est pas une loi, ça n'a rien d'obligatoire et ce n'est même pas justifié. C'est juste un texte fait pour montrer que les français sont capables de normaliser n'importe quoi en dépit du bon sens. Faites comme moi, continuez de faire vos index et classements comme le veut l'usage, comme l'ont fait vos illustres prédécesseurs depuis des siècles, c'est-à-dire sans tenir compte des articles.

Ayez le bon réflexe, jettez NF Z 44-001 !

Voici donc ce qu'aurait pu dire NFZ44-001 à un grand généalogiste breton : Monsieur Frotier de la Messelière, vous ne savez pas écrire votre nom, dorénavant vous vous appellerez Frotier de La Messelière, car tel est mon plaisir !

(*) En fait, l'AFNOR n'a même pas écrit elle-même cette norme. Constatant un jour qu'il existait des domaines où elle ne régnait pas encore en maitre, et où le bon sens était encore appliqué, elle a senti nécessaire d'imposer sa façon de voir, de préférence différente de ce que préconise le bon sens, uniquement pour démontrer son influence et ses capacités à modéliser de nos petits cerveaux dociles. Elle a pris le premier texte qui passait et l'a érigé en norme dogmatique. Sans se préoccuper de savoir si c'était fondé et pratique, ou si cela correspondait à l'usage scientifique, commun, raisonné et utilisé depuis des siècles. Non, ce n'est pas le but de la norme que de faire les choses intelligemment. Son but est de normaliser normaliser normaliser normaliser normaliser le plus de choses possibles, peu importe comment.

(**) Je vous rassure, pour moi, le BM n'est une référence que des vanités, mais il est pourtant bien pratique pour les recherches généalogiques :).


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